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Situation mondiale


Statistiques


Puisque la majorité des récupérateurs travaillent dans le secteur informel, il est difficile d’établir précisément leur nombre dans le monde. Il est possible de consulter des évaluations de terrain qui donnent une idée des proportions dans certaines grandes villes (voir le tableau ci-dessous) ; au niveau mondial, il s’agit de centaines de milliers de personnes, voire de plusieurs millions, qui vivent de cette activité. Dans les grandes villes des pays en développement, une estimation de 1988 porte à 2% de la population ceux qui vivent de la récupération informelle des déchets, soit potentiellement 1,6 millions de personnes uniquement dans les pays les moins avancés et 6,35 millions de personnes dans les pays à revenu faible ou modérément faible. Si, en revanche, on utilise le taux de 6 ‰ de la population qui apparait fréquemment dans le tableau ci-dessous, le nombre estimé de récupérateurs informels serait de 490 000 dans les pays les moins avancés, et 1,92 million dans tous les pays à revenu faible ou moyennement faible.

Estimation du nombre de récupérateurs informels dans quelques grandes villes du monde.
Quand aucune source n’est précisée, il s’agit d’un résultat de l’OIT
Pays Ville Population totale
(2004)
Récupérateurs informels (estimation)
Total Dont enfants (- 18 ans)
Asie
Bangladesh Dhâkâ 10,4 millions 65 000 6,3
Cambodge Phnom Penh 1,2 millions 330 (décharges) 0,27 246 (décharges)
Inde Bangalore 6 millions 20 000 - 30 000
12 000
3,3 - 5
2
24% des enfants des rues
Delhi 14 millions 100 000
15 000
7,1
1,07
Kolkata 15 millions 50 000
20 000 - 25 000
3,3
1,3 - 1,7
30 - 40%
Mumbai 18,1 millions 100 000
70 000
5,5
3,9
Pune 3,75 millions 10 000 2,7
Pakistan Karachi 14 millions 15 000 (rues)
21 000 (décharges)
1,07
1,5
Indonésie Jakarta 8,8 millions 37 000 4,2
Philippines Manille > 10 millions 20 000 (décharges) 2
Quezon City 2,2 millions 13 000 (décharges) 5,9 1 500 (décharges)
Viêt Nam Hô-Chi-Minh-Ville 7,4 millions 7 500 1,01
Hanoï 3,1 millions 12 000 3,9 1 000
Afrique
Égypte Le Caire 18 millions 70 000
30 000
3,89
1,67
2 500 (rues)
Kenya Ensemble du pays 34,7 millions 45 000 1,3
Tanzanie Dar es Salaam 2,5 millions 600 - 700 0,25 50 - 100
Amériques
Argentine Buenos Aires 12,4 millions 80 000 6,45
Brésil Ensemble du pays 180 millions  ? 45 000
Colombie Bogotá 6 millions > 10 000 1,67
Ensemble du pays 45 millions 50 000 1,11
Mexique Mexico 18 millions 15 000 0,83
Europe
Roumanie Cluj-Napoca 330 000 800 (décharges)
1 000 (rues)
2,4
3,0
150 - 200
Baia Mare 136 000 200 1,47
Ensemble du pays 22,2 millions 35 000 - 50 000 1,58 - 2,25


Revenu

Enfant venant de trouver une poupée, suscitant l’admiration de ses pairs.


Si la récupération des déchets provient d’une situation de grande pauvreté et d’un manque de ressources, les récupérateurs ne sont pas pour autant les plus pauvres des habitants ; ces derniers se retrouvent parmi les mendiants ou les personnes âgées isolées. Le revenu des récupérateurs est souvent supérieur au seuil de pauvreté de 1 US$ / jour et peut même dépasser le revenu minimum du pays : en Roumanie, un adolescent gagnait en moyenne 125 à 300 euros par mois quand le salaire minimum était de 70 $ ; à Dar Es Salaam, un récupérateur adulte gagnait en moyenne 55 US$ par mois en 2004, alors que le revenu minimum était de 45 US$ ; en Amérique latine, leur revenu peut atteindre trois fois le revenu minimum.

Les enfants gagnent cependant moins que les adultes : un adolescent gagne en général 50 % de ce qu’un adulte peut espérer, tandis que le revenu des jeunes enfants (en-dessous de 12 ans) se situe entre 10 et 25% du revenu d’un adulte. En revanche, les enfants contribuent souvent de façon significative au revenu familial, de l’ordre de 30 à 40 % à Calcutta, ce qui peut dissuader les parents de les renvoyer à l’école. Les femmes gagnent également moins que les hommes, qui travaillent plus souvent la nuit et sont prédominants dans les travaux mieux rémunérés (conducteurs de camions, revendeurs à plus grande échelle) ; cependant, cette activité peut représenter pour les femmes un moyen de gagner un revenu de façon indépendante et donc de sortir de la pauvreté.

Motivations


Les motivations derrière cette activité varie entre les adultes et les enfants. Pour les adultes, les principales raisons sont le manque d’un travail alternatif (souvent à cause d’un faible niveau d’éducation et/ou de discrimination), le besoin d’un revenu plus élevé et la flexibilité qu’il offre dans les heures et lieux de travail. Les raisons sont plus diverses pour les enfants, et peuvent inclure:



l’incapacité des parents à travailler (handicap, maladie, alcoolisme…) ; les enfants peuvent aussi se sentir responsables de la famille ;

l’absence d’écoles accessible, le peu d’attractivité des écoles ou le coût des frais scolaires, le peu d’importance attaché à l’éducation ;

le ramassage d’ordures est vu comme un standard de vie, ou une décharge est située à côté du lieu de vie ;

les enfants sont réputés plus agiles et rapides pour trier et ramasser les ordures, sont payés moins, et pendant ce temps, ils n’ont pas besoin d’un endroit pour les laisser pendant que les parents travaillent ;

le travail des enfants est vu comme « normal » (comme d’autres activités : vendeur d’eau, aides aux chauffeurs de bus…), ou les enfants sont supposés participer aux activités de la famille ;

le peu d’éducation n’offre pas d’autre alternative.


La faim reste une grande motivation pour récupérer des ordures, cette activité étant moins dangereuse que le vol. L’écrivain Jean Ziegler parle de la récupération d’ordures pour se nourrir, dans L’Empire de la honte. Se rendant sur la décharge municipale de Brasilia, il observe les enfants et adolescents qui trient et placent les ordures dans des chariots, sous la surveillance d’un feitor (contremaître). Certains chariots contiennent du papier, d’autres du carton, des pièces métalliques, des éclats de verre.


« Le plus grand nombre des chariots transportent de la nourriture […] une sorte de bouillie malodorante, aux couleurs incertaines. Dans les baquets se mélangent de la farine, du riz, des légumes avachis, des morceaux de viande, des têtes de poisson, des os — et parfois un cadavre de lapin ou de rat. Une odeur épouvantable se dégage de la plupart des baquets. Je demande au feitor à qui est destiné le contenu des baquets.
« C’est pour les porcs » me dit-il sans conviction. Je lui glisse un billet de dix reais.
« Je ne suis pas un touriste. Je suis rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation… je veux savoir ce qui se passe ici », lui dis-je, d’une voix ridiculement solennelle.
Le feitor se moque complètement de ma mission. Mais il est sensible au billet de banque. « Nos enfants ont faim, comprenez », me dit-il comme pour les excuser. »
    — Jean Ziegler


Sociologie


La part des femmes dans les récupérateurs est élevée : 38 % à Pnomh Penh ou 60 % à Hanoi, et le plus souvent de l’ordre de 50 % ; encore ces chiffres ne concernent-ils souvent que les ramasseurs et pas les revendeurs. La récupération des déchets implique tout particulièrement le travail des enfants. D’après l’étude déjà citée, les enfants peuvent représenter plus de la moitié des récupérateurs ; leur âge variait entre 4-5 ans et 18 ans.

Les minorités sont souvent sur-représentées parmi les ramasseurs, qu’il s’agisse de minorités religieuses ou ethniques: les chrétiens coptes sont plus de la moitié des ramasseurs en Égypte, de même que les musulmans à Calcutta ; en Roumanie, ce sont la plupart du temps les Rroms, en Inde les dalits. Il peut aussi s’agir d’étrangers au pays, comme les Syriens et Palestiniens au Liban, les Afghans au Pakistan ou les Bangladeshi à Delhi. On trouve également de nombreux nouveaux migrants venant des campagnes ou fuyant un désastre, sans qu’ils ne fassent partie de minorités claires.

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