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Conditions de vie


Risques

Enfants pieds nus ou en tongs sur une décharge.


La collecte de déchets sur les décharges et la manipulation même des déchets entraîne des risques sanitaires et des dangers physiques pour les ramasseurs. Les maladies parasitaires sont couramment répandues chez les ramasseurs (65% d’incidence à Bangkok et 97% à Olinda) ; la haute densité de particules (jusqu’à 25 fois plus élevée que dans les zones résidentielles) entraîne des problèmes pulmonaires : 40% de ramasseurs affectés sur un site en Thaïlande, 53% des enfants sur un site aux Philippines. Les métaux lourds affectent également la santé : sur un site philippin, 70% des enfants ramasseurs avaient un taux de plomb dans le sang anormalement élevé, 2,5 fois plus élevé que les autres enfants des bidonvilles. Comme maladies affectant particulièrement les ramasseurs, on peut nommer la tuberculose, les maladies intestinales et diarrhées, les problèmes de peau comme la gale, la pneumonie et la bronchite, les infections des yeux, etc.

Les dangers sont également physiques : la pauvreté des ramasseurs ne leur permet généralement pas de disposer d’équipement de protection adapté. Les personnes marchant en tongs voire pieds nus sont exposés à des coupures d’objets tranchants, à une infection par des déchets médicaux (notamment les seringues), aux morsures d’animaux et aux piqûres d’insectes. Le poids des matériaux crée des problèmes de dos récurrents. L’instabilité des déchets augmente les risques de fractures, la remontée de gaz toxiques peut piéger un ramasseur, et les éboulements peuvent être mortels : 39 morts à İstanbul en 1993, plus de 200 à Manille en 2000 lors d’un effondrement de déchets, quelques 250 personnes évacuées à O Portiño (Espagne) en 1994. Les incendies sont fréquents, volontaires ou non.

Les risques sanitaires sont également étendus au voisinage par les animaux qui se nourrissent des déchets (et qui servent eux-mêmes de nourriture aux habitants) et par la dispersion des déchets. De plus, l’absence d’infrastructures de base et en particulier de latrines pousse de nombreuses personnes à utiliser les piles d’ordures comme toilettes, d’où une contamination accrue.

Cette activité est parfois considérée comme illégale et dans ce cas les ramasseurs ont à craindre les forces de police. Mais que l’activité soit légale ou non, le secteur reste majoritairement informel et ne procure aucune couverture sociale, à l’exception d’initiatives isolées dans certains bidonvilles pour offrir un minimum de protection pendant les périodes difficiles. Étant donné la grande proportion de femmes et d’enfants dans le secteur (et notamment des enfants des rues, souvent orphelins), il y a aussi une plus grande vulnérabilité à l’exploitation sociale et sexuelle de la part des revendeurs (voir aussi : exploitation de l’enfant). Leur place au bas de l’échelle sociale les fait parfois voir comme des criminels : en Colombie, lors des campagnes de « nettoyage social » des groupes paramilitaires, les collecteurs de déchets étaient considérés comme « jetables » : 40 corps avaient été trouvés en 1992, et on estime à environ 2000 le nombre de basuriegos tués jusqu’en 1994.

En conséquence, leur espérance de vie est encore inférieure à celle du reste de la population : ceux de Mexico ont une espérance de vie de 39 ans quand celle du reste de la population est de 67 ans.

Vulnérabilité


Comme les autres habitants de bidonvilles et personnes marginalisées, les ramasseurs d’ordures font partie de la population la plus vulnérable aux chocs : vulnérabilité aux maladies (qui ne permet pas d’obtenir un salaire plusieurs jours de suite), aux catastrophes naturelles et moins naturelles (incendies, notamment), dépenses imprévues (notamment en cas de décès ou de mariage), violence, etc. Les ramasseurs sont de plus vulnérables aux changements affectant leur ressource, les déchets. D’après différentes enquêtes conduites à Dhâkâ, les facteurs pouvant affecter sensiblement les récupérateurs sont la saison des pluies (qui complique le travail et diminue la valeur des objets récupérés, en particulier pour le papier), la présence de fêtes religieuses ou nationales (qui accroissent la quantité de déchets et le revenu probable), la fermeture ou l’ouverture de commerces et d’industries, à la fois producteurs et acheteurs potentiels de matériaux à recycler.

Les récupérateurs sont ainsi sensibles aux changements économiques, mais également aux changements apportés par la municipalité dans la gestion des déchets. Quand celle-ci devient en partie gérée par le secteur privé, comme une décharge par exemple, les ramasseurs qui y travaillaient doivent se tourner vers le ramassage dans les rues ou une autre activité, parfois la mendicité ; le nouveau gestionnaire de la décharge impose généralement des conditions pour l’accès, ce qui peut diminuer le travail des enfants à proximité. Le ramassage de rues a l’avantage de fournir des matériaux de meilleure qualité, à la source, et ce changement peut donc être bénéfique pour une partie des ramasseurs.

Interventions d’organisations

La réduction du travail des enfants est souvent au cœur des projets ciblant les récupérateurs, en partie à cause de l’émotion suscitée auprès des bailleurs de fonds.


Les récupérateurs sont souvent l’objet d’interventions d’ONG tant locales qu’internationales ; mais même dans le cas d’organisations locales, le financement provient le plus souvent de l’étranger, par des subventions d’ONGs internationales et de fonds de développement. Le secteur privé est rarement impliqué et ne subventionne les projets en général qu’en cas d’intérêt direct : par exemple, pour obtenir des matériaux recyclés plus facilement, ou pour mieux contrôler le recyclage de certains produits et éviter la fraude. Peu d’activités sont auto-financées, et, dans ce cas, elles le sont par le revenu du recyclage et le compostage ; de tels projets ont été mis en place en Égypte.

L’OIT distingue quatre objectifs généraux de tels projets :


    Améliorer les conditions de vie des récupérateurs (logement, infrastructure, santé…) ;

    Réduire la part des enfants travaillant dans la récupération (création d’écoles, de foyers et d’alternatives) ;

    Améliorer la gestion des déchets dans la ville ;

    Procurer d’autres alternatives : formations, emplois…


On peut noter que tous ces objectifs sauf le 2 ont une portée plus large, mais incluent les récupérateurs dans leur population cible.

Parmi les interventions déjà réalisées dans différents endroits du monde, on peut citer :



la provision de nourriture, d’outils et d’équipements de protection, de soins d’urgence et de vaccins, d’abris pour la nuit ;

l’éducation formelle et informelle : création de structures d’accueil pour enfants, promotion et réhabilitation d’écoles, création de bourses, d’ateliers et de formations spécifiques au recyclage, organisation d’activité de loisirs ;

génération de revenu et d’emplois : création de micro-entreprises et coopératives, développement des possibilités de micro-crédit, diversification des emplois (balayage des rues, jardinage…) ;

amélioration du statut : enregistrement, création de pièces d’identité, campagnes publiques et lobbying en faveur des récupérateurs, éducation de la population au tri sélectif ;

développement de liens avec le secteur public pour intégrer les récupérateurs dans la gestion des déchets, et développement de partenariats avec le secteur privé pour éviter les intermédiaires.


Les résultats concrets de ces interventions sont mitigés, leur succès dépendant de l’intégration correcte des différents éléments humains, techniques, économiques… : ainsi, les projets créant des centres de tri dédiés et permettant aux récupérateurs de travailler dans un cadre organisé ont souvent plus de succès que les projets donnant des équipements de protection, qui ne sont guère utilisés au final car jugés « peu pratiques ».

© Copyright auteur(s) de Wikipédia - Source : article Récupération informelle des déchets sur Wikipédia - Cet article est sous licence GFDL